Toutes les espèces › Passereaux › Gobemouches et traquets › Tarier des Canaries

Tarier des Canaries | Saxicola dacotiae

Canarische roodborsttapuit | Canary Islands Stonechat | Tarabilla canaria | Kanarenschwarzkehlchen | דוחל קנרי

Le tarier des Canaries vit à Fuerteventura et nulle part ailleurs au monde. Ce n'est pas un traquet mais un tarier : un petit oiseau rond perché au sommet d'un buisson d'aulaga, avec un large sourcil blanc que son proche parent ne présente jamais. Il en resterait environ mille cinq cents, répartis dans les barrancos d'une seule île, ce qui en fait l'un des oiseaux les plus rares d'Europe.

Tarier des Canaries (Saxicola dacotiae)
Photo: Hobbyfotowiki — CC0 · Wikimedia Commons

Voix

Le cri, commun à tout le groupe, est généralement le premier indice de présence : un chack-chack dur et sec, rappelant des cailloux entrechoqués, presque toujours précédé d'un hweet fin et plaintif. L'oiseau le répète aussi longtemps qu'un observateur reste sur le territoire. Le chant est un gazouillis bref, aigu et rapide de quelques secondes, plus fin et plus faible que celui du tarier pâtre, entremêlé de notes grinçantes et bruissantes, émis du sommet d'un buisson ou lors d'un bref vol chanté papillonnant. Il s'entend surtout de janvier à mai, tôt le matin avant que le vent se lève.

Écouter: SongXC855979

Enregistrement: Mats Rellmar — CC BY-NC-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Identification

Plus petit et plus fin que le tarier pâtre, avec une queue courte et une grosse tête ; comme lui, toujours perché au sommet d'un buisson, très droit, la queue agitée de mouvements brefs. Le mâle a la tête brun foncé à brun noirâtre, avec un large sourcil blanc pur qui se prolonge loin en arrière de l'œil : c'est le critère déterminant. La gorge est blanche, une tache blanche marque chaque côté du cou et la poitrine est chamois orangé chaud, passant au blanc cassé sur le ventre. Le manteau est brun strié de sombre, l'aile porte une petite tache blanche et le croupion est blanc chamoisé et strié. La queue est sombre, avec d'étroits liserés pâles. La femelle présente le même dessin dans des bruns plus doux : tête brune plutôt que noirâtre, sourcil chamois plutôt que blanc, taches du cou peu marquées et poitrine d'un orange plus pâle. Les juvéniles sont entièrement liserés de chamois et d'aspect écaillé, mais portent déjà le sourcil pâle.

Espèces prêtant à confusion

À Fuerteventura même, le risque de confusion est faible, car c'est le seul tarier nicheur de l'île. De petits nombres de tariers pâtres atteignent toutefois les Canaries en hiver, et le sourcil tranche alors : le mâle de tarier pâtre a la tête et la gorge entièrement noires, sans aucun sourcil, et une poitrine d'un orange-roux plus soutenu. Entre femelles, la distinction demande plus d'attention, mais l'oiseau des Canaries reste plus pâle et plus fin, avec une gorge blanche plus nettement délimitée et un sourcil plus marqué. Le tarier des prés, qui traverse les îles en petit nombre en septembre et octobre, montre lui aussi un large sourcil pâle, mais il est plus élancé et a les ailes plus longues, le dos beaucoup plus fortement strié et, à l'envol, des taches blanches de part et d'autre de la base de la queue, absentes chez le tarier des Canaries. Ailleurs dans les îles : le traquet motteux est plus grand et plus haut sur pattes, se tient au sol plutôt que dans un buisson et montre en vol un large croupion blanc.

Habitat

Barrancos secs et pentes pierreuses à broussailles basses et ouvertes : aulaga, lyciet, soude et palmiers épars, avec trente à cinquante pour cent de sol nu entre les buissons. C'est ce mélange qui compte : un couvert dense ne lui convient pas plus qu'une plaine entièrement nue. Il fréquente volontiers le rebord d'un barranco ou la ligne d'un ancien mur de terrasse ; le nid est au sol sous un buisson ou dans une fissure d'un mur de pierres sèches. Du niveau de la mer aux points les plus élevés de l'île, mais les densités sont maximales dans le relief accidenté et découpé du nord et du centre.

Là où l'oiseau se trouve le plus souvent, selon la classification EUNIS — la norme européenne pour les habitats.

Répartition et migrations

Uniquement Fuerteventura, avec quelques oiseaux sur l'îlot voisin de Lobos. Les oiseaux des îlots Chinijo, au large de Lanzarote, ont disparu depuis le début du XXe siècle et n'y ont plus été trouvés depuis. Le noyau de la population actuelle se situe dans le massif de Betancuria, autour de Vega de Río Palmas, dans les barrancos du centre et du nord de l'île et sur la péninsule de Jandía. Les plaines plates et fortement pâturées du sud et de l'est ainsi que les bandes côtières urbanisées sont en grande partie inoccupées. L'espèce ne quitte pas l'île : aucun individu erratique n'est connu.

Îles CanariesEl HierroLa PalmaLa GomeraTenerifeGran CanariaFuerteventuraLa GraciosaLanzarote
  • Sédentaire
Carte de l'archipel lui-même : sur la carte de l'Europe, cet oiseau ne serait qu'un point en bordure, et pour les oiseaux insulaires la question est précisément de savoir quelles îles il occupe. Les îles où il est absent sont représentées en gris. La répartition île par île suit les ouvrages de référence ; contours des îles : Natural Earth (domaine public).

Comment et quand observer

Tôt le matin dans le Barranco de la Torre, à Vega de Río Palmas ou le long de la route qui traverse le massif de Betancuria. Entrez en voiture dans un barranco parsemé de buissons d'aulaga, descendez et écoutez : les cris secs s'entendent avant que l'oiseau soit visible. Restez immobile et balayez du regard le sommet des buissons, car l'oiseau monte de lui-même pour observer les alentours. De janvier à avril, les mâles chantent, ce qui permet de localiser les territoires. Restez sur les sentiers et les pistes : les couples nichent au sol sous un buisson, et un marcheur qui traverse directement les broussailles peut déranger ou piétiner les nids.

Statut de conservation

Classé Quasi menacé à l'échelle mondiale et, parmi les oiseaux de ce guide, l'un de ceux dont la marge est la plus étroite. La population mondiale entière vit sur une seule île et est estimée à mille trois cents à mille sept cents individus matures, répartis sur quelques centaines de territoires presque tous situés dans des barrancos. Les pressions s'exercent simultanément sur plusieurs fronts. Les constructions touristiques et résidentielles et le défrichement des broussailles réduisent l'habitat, surtout le long de la côte et à Jandía. Les chèvres qui dénudent les broussailles, la baisse des nappes phréatiques et les sécheresses prolongées laissent les barrancos plus nus que l'espèce ne le tolère. Enfin, les chats harets et les rats noirs prélèvent œufs et jeunes dans les nids au sol, ce qui, sur une île abritant une population de cette taille, a un effet immédiat. Une grande partie de l'habitat se trouve dans des aires protégées, la population est recensée et suivie, et la régulation des chats et des rats dans les zones principales produit des effets. Mais une série d'années sèches, ou un seul aménagement dans un barranco occupé par des territoires, pèse aussitôt lourdement lorsque la population est aussi réduite.

Nom scientifique

Saxicola dacotiae | (Meade-Waldo, 1889)

Meade-Waldo a décrit l'espèce en 1889 sous le nom de Pratincola dacotiae ; comme elle a ensuite été placée dans un autre genre, l'auteur et l'année figurent entre parenthèses. Le genre Saxicola a été créé en 1802 par Bechstein. Saxicola est un mot latin, de saxum « pierre, rocher » et -cola « habitant », de colere « habiter » : « habitant des rochers », d'après les terrains ouverts et pierreux que fréquentent ces oiseaux. dacotiae honore une personne ; la terminaison -ae indique un prénom féminin, mais l'identité de cette personne n'a pas pu être établie ici. Le spécimen sur lequel repose la description originale provenait de Fuerteventura.